Le silence, nous sommes
nombreux à y aspirer
dans cette société où il
devient si rare. Il nous est
même plus précieux que nous
ne le pensons, car il est le creuset
véritable dans lequel se
forme et s’élabore notre vie
spirituelle. C’est ce que m’a
confi é un jour, lors d’une interview,
le théologien orthodoxe Olivier Clément.
Son interpellation s’est vérifiée pour moi
au fil des années. Comme une invitation encourageante
à faire taire les bruits extérieurs sur lesquels
j’avais prise, pour, dans le vide apparent,
me tenir à l’écoute…
Être, tout simplement, en présence de Dieu. Naturellement, je relie ce propos d’Olivier Clément à ceux d’autres spirituels, dont Maurice Zundel par exemple, ou encore la philosophe Simone Weil qui écrit : «L’attention absolument sans mélange est prière» (in La pesanteur et la grâce). Oui, alors même que nous nous faisons parfois de la prière «une montagne », voici qu’elle vient à nous au détour de nos tâches quotidiennes. Silence, prière...
Prier, qui le mois dernier vous parlait du jeûne, insiste décidément sur l’ascèse chrétienne. Non qu’il s’agisse d’en faire un but en soi, comme le dit l’écrivain Sylvie Germain dans ce numéro. Mais parce qu’à force de se remplir constamment de sons, d’images, de biens, de nourriture… l’être humain est «indisponible à l’imprévu, l’inadvenu», précise-t-elle. C’est de cet inadvenu dans nos vies, qu’il est question pendant le carême.
Un itinéraire qui passe par notre consentement à traverser avec le Christ la mer Rouge de nos peurs, de nos inquiétudes les plus tenaces… Mourir à soi-même pour s’ouvrir à une fraternité plus large et inventer de nouvelles solidarités concrètes, comme nous le propose ici le CCFD-Terre solidaire. Oui, tout ce qui en nous fait obstacle à l’inadvenu, voilà ce que le Christ lui-même pourrait bien soulever… comme la pierre du tombeau, au matin de Pâques. Une promesse à accueillir dans le silence.
Christine Florence
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