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La chronique de Stan Rougier

Dieu est amour

Chacun de nous devrait inscrire sur les pages d’un cahier les paroles de la Bible qui lui parlent le plus, qui le touchent au plus profond. Il en est une que je ne cesse de repasser en boucle dans ma tête et dans mon cœur: "Dieu fit l’homme à Son image: à l’image de Dieu, Il le créa. Homme et Femme Il les créa" (Gn. 1/27).

Donc, ni la femme ni l’homme ne sont, isolément, à la ressemblance de Dieu. C’est leur amitié, leur dialogue qui forment l’image du Créateur. Ni le masculin, ni le féminin ne sont aptes à désigner l’Ultime Réalité. C’est leur rencontre qui l’exprime. Le Dieu qui Se révèle dans les Évangiles est une "communion de personnes": l’aimant, l’aimé, l’amour. (Thème développé dans mon livre L’amour comme un défi, éd. Albin Michel).

L’Univers est né d’un débordement de la joie divine. Dieu a créé l’amour humain entre l’homme et la femme comme un signe, un reflet, une trace de l’Amour qui prend sa source en Dieu Lui-même. Dieu nous a créés pour que nous découvrions au long de notre séjour terrestre cette mouvance de l’Amour éternel. Dieu nous a inventés afin de nous faire partager pour toujours cette Gloire. Le couple ou le lien d’amitié (comme celui de Pierre Teilhard de Chardin avec Lucile Swan) est, à mes yeux, une icône de la Trinité aussi parlante que celle de Roublev. Cette symbolique du couple, des contemplatifs comme Jean de la Croix et Thérèse d’Avila l’ont dévoilé mieux que personne.

Ceux pour qui le mot "Trinité" fait obstacle à l’unicité de Dieu ne semblent pas gênés lorsqu’ils parlent d’un couple unique unissant deux personnes. Ils voient bien que les mathématiques n’ont pas ici leur place. Ne faire qu’un en demeurant deux est le rêve de tous ceux qui s’aiment. "L’Ancien Testament, écrivait Grégoire de Nazianze, a manifesté clairement le Père, obscurément le Fils. Le Nouveau Testament a révélé le Fils et insinué la divinité de l’Esprit… Il convenait que par des additions partielles, par des ascensions de gloire, la splendeur de la Trinité rayonnât progressivement." Dire que Dieu est Trinité et dire qu’Il est Amour sont une même affirmation.

Aucun triangle, aucun trèfle à trois feuilles, ne nous introduiront à la contemplation de la Source Ultime de l’Être. L’icône d’un homme et d’une femme dont l’amour est comme une troisième personne peut nous y conduire. Je suis alors libéré du Dieu "célibataire des mondes" dont on me disait qu’il fallait le craindre alors que le mot hébreu "Yaré" serait bien mieux traduit par "adoration" ou "frémissement" que par crainte.

Cette annonce d’un Dieu Un en trois personnes n’a pas fini de nous bouleverser. Mais le couple aussi a de quoi nous surprendre. Ils participent du même mystère. Le premier est la source du second. La différence de l’homme et de la femme dans l’intimité de leur amour est inscrite au cœur de l’Absolu. Celui qui s’interroge sur la nature de Dieu, s’il se met à vivre un grand amour ou une grande amitié, celui-là ne raisonne plus, il contemple.

"Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu.

Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu.

Car Dieu est Amour" (I Ép. st Jean 4,8).

Rien ne peut rendre à la femme sa dignité autant que de méditer sur cette source divine de l’amour. Au premier livre de la Bible, Dieu est fier (une fois "Tov") d’avoir créé les galaxies et l’immensité des formes de la vie, végétales et animales. Lorsqu’Il a créé le couple, alors Il est en extase (deux fois "Tov"). Les infractions à la pudeur appelleraient plutôt une grande compassion qu’un châtiment, mais elles sont un véritable désastre, comme de l’encre jetée sur un tableau de Rembrandt.

C’est le Fils qui donne à la première personne divine d’être Père. C’est la femme qui donne à l’homme d’être père. A une époque où la femme était reléguée à la cuisine, à la nurserie et à l’alcôve, saint Paul écrivait: "Maris, aimez votre femme comme le Christ a aimé l’Église, donnant Sa vie pour elle..." Il reconnaissait là le caractère sacré de l’amour humain. L’irradiation inouïe que vous donne l’être aimé n’est si exaltante que parce qu’à travers elle, Dieu Lui-même Se donne.

J’aime ce propos de mon ami André Chouraqui: "Le monde n’avait ni valeur ni sens avant que le Cantique des Cantiques soit donné à Israël." Quelle émotion j’ai ressenti à l’âge de 27 ans en écoutant réciter un poème de Prévert: Notre amour ! L’amour de Jacques pour son épouse Janine a, dans ce texte, la densité d’une présence. Jacques s’adresse à lui dans un cri: «"Nous n’avions que toi sur la terre. Ne nous laisse pas devenir froids. Tends-nous la main et sauve-nous!" De même, il m’est possible d’imaginer le Christ disant à Son Père: "J’ai tout appris de Toi sur les choses humaines, et J’ai vu désormais le monde à Ta façon."

L’amour humain nous révèle la Tendresse de Dieu et Dieu nous révèle la grandeur de l’amour humain. En ai-je trop dit? Il faut entourer de silence ce mystère éblouissant.

 

Pour en savoir plus sur Stan Rougier, visitez son site : www.stanrougier.com

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02/02/2011 à 10:04 COMMENT ??? eugenie

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