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Au début des années 1980, le franciscain Michel Hubaut et moi avions rédigé pour un journal un texte où nous imaginions François d’Assise parlant aujourd’hui. Une partie de ce texte se promène à travers le monde dans un diaporama sublime et il est étrangement signé : "Une religieuse du Québec" !!! Je l’ai trouvé, imprimé sur de grandes feuilles à différents endroits de la planète avec la mention : "attribué à François d’Assise"...
Voici un court extrait de ces propos :
Mon frère, ma sœur, je sais que tu as mille et une raisons de désespérer.
Mais je voudrais te crier qu’il y a aussi mille raisons d’espérer !
Regarde et cueille, chaque jour, autour de toi, au creux du quotidien,
Ces mille et une fleurs d’Espérance.
Celles qui poussent au milieu des plus sinistres tours,
Des plus monotones lieux de transport ou de travail, de la plus froide chambre d’hôpital.
Regarde bien. Tu seras surpris de découvrir tant de raisons d’espérer encore
Dans la grisaille du vieux monde.
Recueille ces mille et une fioretti des temps modernes.
Regarde et vois ces hommes et ces femmes qui ne font pas la une des journaux,
Mais qui inventent jour après jour de nouvelles manières de vivre, de partager, d’espérer
Et qui manifestent que le Royaume de Dieu est à la portée de notre main.
Regarde et vois ces hommes et ces femmes
Qui, au lieu de crier que Dieu est aveugle, Lui prêtent leurs yeux,
Qui, au lieu de crier que Dieu est manchot, Lui prêtent leurs mains,
Qui, au lieu de crier que Dieu est muet, Lui prêtent leurs voix.
Nos signatures suivaient.
Je suis souvent invité à des conférences pour parler d’un livre que je viens de publier chez Albin Michel : Saint François ou la puissance de l’amour. Chacun de nous a son François d’Assise à raconter. "Aimer exagérément est la seule bonne mesure." Cette devise de saint Augustin conviendrait bien à François. Le visage du Christ qu’il rencontre est un Dieu qui prend la défense de toutes les variétés d’exclus : païens et Samaritains, prostituées et publicains, hérétiques et possédés, adultères et lépreux.
Jésus a osé aimer à en perdre l’honneur, à en perdre la vie. Partout François va reconnaître son Christ humilié. Son premier engagement à Assise sera au service des lépreux. "J’ai frôlé à Assise, écrit André Malraux, la métamorphose du drame universel en tendresse" (in Miroir des limbes, Gallimard). Depuis huit cents ans François n’a pas pris une ride. Sa jeunesse d’esprit est pour tous une belle source d’inspiration.
Il est difficile de nier l’existence de Dieu lorsqu’on voit Sa trace dans une vie d’homme. De très riche qu’il était, il est devenu pauvre. De sensuel qu’il était, il est devenu chaste. D’homme de guerre, il va devenir apôtre de la non-violence. D’allergique à la vue des lépreux, il va devenir aide-soignant dans une léproserie. D’indifférent à la religion, il est devenu un grand amoureux de Dieu.
Je trouve dans une lettre d’Antoine de Saint-Exupéry l’attitude de compassion qui a le plus attiré les jeunes que j’ai connus vers François d’Assise : "Ce que j’aime en quelqu’un, c’est de l’ennoblir… C’est de soulever un visage noyé au-dessus de la rivière… Mettons que l’âme emprisonnée me soit seule pathétique… J’ai peut-être vocation de sourcier" (Lettre à P. Chevrier, Pléiade p. 960). Les hommes qui ont réalisé cette vocation de sourcier laissent en le quittant un monde plus beau que celui dans lequel ils sont entrés. On les dit "bienheureux" ou "saints". Ils nous disent clairement le sens de la vie.
Pour en savoir plus sur Stan Rougier, visitez son site Internet.
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