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Chronique

La mort a changé de visage

Quel est le miracle le plus étonnant : surgir du néant pour commencer à exister ou reprendre vie ? Notre existence est un mystère assez fabuleux pour que notre retour à la vie puisse apparaître comme plus simple. Saint Paul compare notre corps à un grain de blé dont la substance doit disparaître en terre pour que naisse un épi débordant de grains. Saint-Exupéry comparait la mort à la métamorphose de la chenille en magnifique papillon. Il ajoutait : « La mort seule pourra combler celui qui a beaucoup d’espace dans le cœur. »

J’ouvre l’Évangile : « Je vais vous préparer une place… Je viendrai vous prendre avec Moi afin que là où Je suis, vous soyez vous aussi » (Jn 14, 2). Oui, je sais, vous allez me dire : « C’est trop beau pour être vrai ! » Comme si la vérité était nécessairement triste !

Ce serait très indigne de la part d’un Créateur de nous donner deux vies : l’intra-utérine et celle qu’on nomme aérienne, puis soudain « Stop ! C’est terminé ! J’avais la possibilité de vous tirer du néant, mais vous faire revivre est au-dessus de Mes moyens ! » Je suis fermement athée de ce Dieu-là. Est-ce si difficile de croire que la première vie préparait la seconde et que la seconde en prépare une troisième ?

Chaque jour durant neuf mois dans le ventre maternel, nous avons construit un équipement remarquable de poumons pour respirer, de cerveau pour comprendre, de muscles pour nous mouvoir, de cœur pour vivre et pour aimer. Nous nous préparions pour un au-delà. Il a fallu quitter un univers trop étroit. Cela déjà aurait pu se nommer « mourir ». Mais nous préférons dire « une mise au monde ». Mourir-naître : ce sont les deux versants d’un même événement.

Est-ce si difficile de penser que cette vie terrestre est un stage, une préparation, un voyage initiatique ? La mort alors serait une seconde mise au monde.

Ce que nous avons vécu sur notre bonne vieille planète avec un sentiment d’inachevé, nous pourrons encore le vivre mais cette fois ce sera dans la plénitude. « De mort, de cris, de larmes, de souffrance, il n’y en aura plus… Celui qui siège sur le trône déclara : ‘Voici que je fais un univers nouveau’, puis il ajouta : ‘Écris, ces paroles sont certaines et vraies.’ » (Ap 21, 4).
Cela donne à chaque instant un prix vertigineux. Chaque minute façonne notre âme éternelle. Par chacun de nos choix, chacune de nos paroles, nous nous choisissons notre visage d’éternité. L’ennui et la monotonie sont exclus désormais d’un tel parcours. « Au soir de notre vie nous ne serons jugés que sur l’amour. » (St Jean de la Croix).

Nous connaissons tout du passage de la chenille au papillon, du fœtus à l’enfant. Que savons-nous du passage d’un défunt à son éternité ? Certains imaginent la nouvelle vie de façon si réductrice qu’ils n’en ont pas la moindre envie : « Ce sera long ! », « On ne se reconnaîtra pas », « Aucun événement ne viendra rompre notre ennui »…

L’éternité n’est pas un triste dimanche répété sans fin. « Dans l’éternité, rien n’est successif, tout est présent » (Saint Augustin). Dans les instants où notre bonheur est total, il nous arrive de dire : « Le temps est suspendu ! » Dans notre troisième vie, le temps aura cédé la place à un présent éternel. Les humains admettent que Dieu a pu créer un monde de toute beauté et que la vie humaine peut être bouleversante. Mais on ne sait pourquoi nous nous imaginons que le Créateur est désormais en panne et que la mort a été plus puissante que Lui.

Jésus partage la détresse de ceux qui « perdent » un être cher. Tout Dieu qu’il est, il pleure devant la tombe d’un ami. Il veut connaître la face la plus troublante et la plus fragile de la condition humaine, il n’entreprend aucune démarche pour échapper lui-même à la mort. Sa résurrection préfigure, annonce, prépare la nôtre.

Jésus a-t-il perdu un atome de sa joie, de sa présence, de sa nature humaine ? Est-il devenu un zombie ? « Regardez mes mains et mes pieds. C’est vraiment moi. Touchez-moi. »
Des pêcheurs du lac de Tibériade, ses amis, l’ont entendu leur crier : « Ohé ! Les enfants ! Vous avez pris quelque chose ? » Un fantôme ne fait pas braiser des poissons au milieu des cailloux du rivage ! Il a transmis avec une ferveur redoublée ses ultimes consignes : « Allez parmi tous les peuples… Proclamez la Bonne Nouvelle. » Il a longuement conversé avec deux voyageurs sur la route d’Emmaüs : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant tandis qu’il nous dévoilait les Écritures ? »

« Que je suis heureuse de mourir », écrit la petite Thérèse de Lisieux à un ami : « Je ne meurs pas, j’entre dans la vie, et tout ce que je ne puis vous dire ici-bas avec le langage fatigant de la terre, je vous le ferai comprendre du haut des cieux. ».

Quel cadeau incroyable Dieu nous fait en nous donnant trois fois la vie. La première fois : « C’est Toi qui as eu cette idée que j’existe » (Ps 138). La deuxième fois : « J’ai mis devant toi la mort et la vie. Choisis la vie ! » (Dt 30, 19). La troisième fois, le jour où nous quitterons ce monde où nous avons appris à aimer pour entrer dans un univers enfin à la mesure de nos rêves, ‘un domaine où l’amour sera Roi.’

Pour en savoir plus sur Stan Rougier, visitez son site : www.stanrougier.com

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03/12/2011 à 15:14 Merci pour la Vie Seigneur. brebis

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