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Chronique

Les jeunes en quête de sens

Dans un court métrage qui date de 1969, Maurice Clavel montrait une fontaine qui coule, et le flot était clair. Le commentaire disait : « Voici notre âme lorsqu’elle peut s’exprimer librement : elle est claire, limpide. Voici ce qu’on en fait depuis deux siècles. » Le film montrait une main qui vient comprimer le bec de la fontaine et, à ce moment-là, des éclaboussures jaillissent. « Notre âme, empêchée, se met à exploser de manière anarchique et violente. Cela explique le malaise des jeunes. Si la révolte, c’était pour exister ? Si nos enfants n’avaient mal que de la poussée de leur âme ou de Dieu même, qui sait ? Ennui, désespoir, drogue, suicide, vous aurez beau jeu d’appeler dévoyé ce que vous avez dévié et de le réprimer et de l’aggraver ainsi et de le réprimer encore, alors que c’était là le début du salut. »

Lorsque j’étais jeune, je cherchais un sens à ma vie, comme un aveugle qui s’oriente vers le feu avec ses paumes. Je me sentais comme un être qui n’a pas sa raison d’être en lui-même, et qui doit chercher hors de lui la clé de son propre mystère. Qui pourrait donner la réponse ? Il y avait un malentendu entre le Dieu dont on me parlait et mon cœur. Je ne parvenais pas à entrer en relation avec ce que les philosophes nommaient « la cause première », trop abstraite, trop floue, trop lointaine. Je ne pouvais pas croire en un Dieu Père Noël des grandes personnes. Par Sa toute-puissance, Il aurait pu arrêter le malheur et, en réalité, il ne l’arrêtait pas. Je ne voulais pas croire en un Dieu teigneux, dénicheur de coupables, obsédé de morale, punissant les moindres balbutiements du désir. Je ne voulais pas croire en un Dieu narcissique et mégalomane qui aurait créé l’homme pour Se faire adorer.

Aujourd’hui, voilà cinquante ans que je suis prêtre, je tente d’être un sourcier. Les jeunes que je rencontre ressemblent étrangement à l’adolescent que j’étais. Voulant monter vers le ciel, mais se fracassant comme un oiseau contre une vitre. Leur élan est comme bloqué, étouffé. Comment éveiller une curiosité spirituelle ? « C’est une véritable conspiration contre l’âme ! L’âme réclame son dû », disait mon amie Christiane Singer.

Quels torts n’ont pas eus nos ancêtres dans la foi,
pour que les plus grands penseurs de notre temps aient cru bon de tendre un cordon sanitaire autour du domaine religieux ? J’entends encore ce professeur de philosophie, en 1970 : « Lorsque je vois le mot Dieu, je sors mon revolver ! » Aujourd'hui, je n’entends parler aux abords des lycées que de l’inquisition ou des croisades, des sectes, des assassinats au nom de la pureté coranique. Dans un livre sur l’amour, est-ce que ce ne serait pas douloureux pour un amoureux de n’entendre parler que de pornographie ?

Les jeunes sont intrigués par les croyants. Ils nous tâtent comme on tâte des melons. Ils testent nos valeurs, ils démasquent nos incohérences. Si nous disons : « C’est à l’amour qu’on vous reconnaîtra comme mes disciples » (Jn 13, 25), il s’agira ensuite de montrer que nous avons compris le message, et que nous manifestions un peu plus d’amour, un peu plus de tendresse, un peu plus d’ouverture de cœur. « Juste un peu plus d’amour encore Pour moins de larmes, pour moins de vide ! » (Francis Cabrel)

Les prophètes du néant ont pignon sur rue
, et les jeunes les lisent et les écoutent. Je pense à un livre à grand succès : « L’homme n’est qu’un ver de terre avec un cerveau, il y a des imbéciles qui ne s’y résignent pas et qui ont inventé les religions. » Avec Camus, Rostand, Sartre, Malraux, ma jeunesse a connu un athéisme qui avait le sens du tragique de la condition humaine. Mais aujourd’hui, une nouvelle génération nous offre un athéisme de dérision.

Dans un journal très lu par les jeunes, je vois ce matin sur la couverture une grande photo du Christ d’un film de Zefirelli ; cela éveille ma curiosité bien sûr. A l’intérieur je trouve cinq pages consacrées à Jésus-Christ ; chaque ligne et chaque photo en rajoutent une couche pour le ridiculiser. Il devient « l’ami des imbéciles et des bons à rien »…, « Monsieur-Je-sais-tout qui casse l’ambiance pour foutre sa merde ». « Lorsqu’il crie du haut de la croix : ‘Mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ?’, son papa lui répond : ‘T’as vu ta gueule ?’ » Ceci n’est qu’un aperçu de cette « littérature » ; faire passer les chrétiens pour des crétins et des rabat-joie étouffe un peu plus une jeunesse qui voudrait accrocher sa vie à une étoile. Ceux qui ont « mal de la poussée de leur âme » iront se consoler avec la cocaïne.

Autrefois, on mettait des petits lapins dans les sous-marins, et lorsque les petits lapins mouraient, on savait qu’il fallait refaire surface. On savait que l’oxygène était en train de manquer. Bientôt l’équipage connaîtrait le sort des petits lapins. Aujourd’hui, devant tant de jeunes qui se donnent la mort, devant tant de jeunes qui fuient la vie par la drogue et s’enfoncent dans des comportements de déprime (« Aimez- moi ou je meurs ! »), ou de violence (« Aimez-moi ou je mords ! »), demandons-nous si le sous-marin de notre civilisation n’aurait pas besoin de faire surface !

Pour en savoir plus sur Stan Rougier, visitez son site : www.stanrougier.com

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