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Depuis six semaines que je suis à l’île Maurice, je n’ai cessé de demander à ceux qui venaient entendre mes conférences: "Si vous aviez un rêve pour votre pays, quel serait-il ?"
Les réponses ont fusé, assez variées: "J’aimerais qu’on en finisse avec ces cloisonnements entre les diverses communautés! Hindous, musulmans, bouddhistes, chrétiens, nous sommes tous Mauriciens, passagers d’un même bateau. C’est étrange de constater que l’on regarde la couleur de la peau avant la valeur de l’individu. L’appartenance à une communauté ethnique nous classe. On choisit ses amis en fonction de cette appartenance."
"Mon rêve serait que la population dite 'créole' ait un accès équitable aux professions de la fonction publique hospitalière, par exemple. Les plus pauvres n’ont pas accès à certaines ouvertures, comme l’usage d’Internet, c’est dommage."
"Arrêtons de ressasser indéfiniment les méfaits de l’esclavage. Rouvrir sans cesse les plaies de nos ancêtres ne contribue pas à nous mettre aujourd’hui debout. Ne confondons pas tous les Blancs d’aujourd’hui avec ceux qui ont réduit nos aïeux en esclavage. Nous autres Créoles avons tendance à être un peu fatalistes et à nous comporter parfois comme la cigale de la fable. Trop d’entre nous auraient tendance à oublier les dons fabuleux que Dieu nous a donné et à répéter que les autres sont les responsables de notre mal-être."
"J’aimerais que l’on progresse dans le domaine de l’éducation. De nombreux parents n’osent plus dire 'non' à leurs enfants. Nous risquons un jour de le payer cher."
"La drogue est à la base d’une bonne part de nos problèmes et l’on peut, à bon droit, incriminer le développement excessif du tourisme. Ce qui est notre plus grand apport économique risque bien de causer notre perte."
"Il faudrait une alternance dans la participation aux postes-clés du pays. Les Hindous, qui sont les plus nombreux, se maintiennent à ces postes depuis l’indépendance, il y a quarante-trois ans… N’oublions pas non plus la corruption de quelques-uns, dénoncée par tous."
"Mon rêve serait que l’on freine la construction des hôtels qui défigurent nos plages. Notre terre aujourd’hui semble appartenir aux huit cent mille touristes qui visitent chaque année notre île, plus qu’à nous-mêmes."
Je me permettais de demander également à des Mauriciens qui viennent souvent en France pour diverses raisons: "Quelles différences voyez-vous entre nos modes de vie respectifs ?"
Curieusement, mes interlocuteurs répondaient invariablement: "Les grandes originalités de la France à nos yeux: une prédilection pour les grèves et un grand vide spirituel, revers de l’hostilité à l’égard du domaine religieux. Chez nous, les religions s’exposent, se respectent et s’entraident. Lors de nos fêtes religieuses - Divali, Aïd, Pâques, Noël - nous nous offrons tout naturellement des cadeaux. Il nous semble aussi que le sens de la famille est incomparablement plus développé à l’île Maurice. Cela nous a sauté aux yeux lorsque nous avons appris qu’à cause de leur isolement, un grand nombre de personnes âgées étaient décédées pendant la canicule [en 2003]. Les parents, surtout chez les Hindous, mettent leur argent de côté pour envoyer leurs enfants en Australie ou en Angleterre pour poursuivre des études de haut niveau. Une meilleure prise en charge des étudiants étrangers dans ces universités a sérieusement entamé l’attrait de la France auprès des jeunes Mauriciens."
J’en suis à mon cinquième séjour à Maurice. Pourquoi suis-je revenu si souvent sur ce petit coin de la planète? Pour la simple raison qu’à chaque visite, des centaines de jeunes, toutes religions confondues, m’invitaient de façon émouvante et pressante à revenir. Mais je reconnais avoir un faible pour ce pays depuis l’âge de mes vingt ans. A l’époque, j’étais déjà émerveillé par les chants mauriciens débordants d’humour et de poésie...
Pour en savoir plus sur Stan Rougier, visitez son site: www.stanrougier.com
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