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Chronique

Pour vous, qui suis-je ?

Depuis l’âge de vingt ans, je découvre un peu plus chaque année un Jésus-Messie toujours nouveau, inattendu, imprévisible, inouï. Il est aujourd’hui à mes yeux le visage humain de Dieu et le visage divin de l’homme, le seul vrai Dieu, le seul vrai homme.

Il a laissé sa trace sur deux hommes qui furent dès ma jeunesse mes maîtres spirituels. Victor était la tendresse, l’écoute, la profondeur. Philippe était l’humour, l’ouverture, l’émerveillement. Lorsqu’ils parlaient de Jésus, tous les deux étaient transfigurés. Jésus-Christ était à leurs yeux le centre de l’histoire humaine. Il partageait l’Histoire en deux : Avant et Après ‘Jésus-Christ’. Il était la clef de voûte de l’univers. Il était l’homme dans sa plus haute perfection. Il faisait connaître les desseins, les projets de Celui qu’il nommait « mon Père et votre Père ». Le divin Créateur avait dans Ses propos le visage de la tendresse infinie. Jésus filtrait les textes de la Première Alliance, Il en tirait des trésors. Le shabbat était fait pour l’homme et non pas l’homme pour le shabbat. Tout prenait sa vraie place. La loi s’inclinait devant l’amour.

Jésus devint petit à petit à mes yeux le révélateur de l’Absolu : « Celui qui m’a vu a vu le Père. » Il donnait à la vie humaine sa plus extraordinaire dimension. Son enseignement était « le sel de la terre, le levain dans la pâte, la lumière du monde ». Il donnait à tout une saveur, un enthousiasme, une présence, un sens. Tout ce qu’il touchait échappait à l’ennui, à la fadeur, à l’absurde. Pas une de ses paroles qui ne me remplisse d’exaltation : « Cet homme a tout compris ! » Comme le monde et l’homme et l’existence sont grandis d’être éclairés de cette façon ! Une de ses demandes les plus fortes ne cesse de m’émerveiller. Je la résume ainsi : « Soyez pour chaque être humain ce que le soleil et la pluie sont pour la plante. » Tout l’enseignement des prophètes est ici résumé ! En effet, l’eau et la lumière n’imposent rien à la plante, elles leur permettent d’exister. Tout l’amour est ici célébré ! Jésus est venu libérer l’amour de toutes ses maladies.

Jésus m’a libéré des fausses images de Dieu : le Dieu terrifiant, source de névroses, ou le Dieu magicien dont on invoque les bonnes grâces pour se dispenser de l’aventure et du risque. Il réveillait ce « Seigneur endormi prisonnier de sa gangue » dont nous parle Saint-Exupéry dans son livre-testament Citadelle. Il établissait entre le Dieu du Sinaï et nous une relation intime. Le Très-Haut devenait « Abba », père chéri. La prière devenait dialogue amoureux, cœur à cœur où l’on vient puiser la force d’aimer. « Invoque-moi au jour de ton épreuve », demandait le Dieu des psaumes dont Jésus nous révèle le visage. Cela ne signifie pas qu’Il peut répondre à nos moindres attentes et nous épargner les déceptions ou le deuil. Il peut en revanche donner un sens prodigieux à ce que nous vivons et le courage pour l’endurer. « Tout sert au bien de ceux qui aiment Dieu » (saint Paul).

Pour avoir le privilège de le suivre comme son disciple, j’ai accepté de tout quitter. Puisqu’il m’avait choisi, je pouvais lui faire confiance. Comme il l’avait promis, j’ai presque tout retrouvé, au centuple. Réveiller la part divine qui sommeille dans le cœur des jeunes a été et continue d’être pour moi un bonheur sans équivalent. Partager avec des milliers de visages ce trésor incomparable que représente Jésus-Christ dépasse en joie tout ce qu’on peut imaginer. Le reste, ce sera pour l’Éternité. Elle sera mille fois plus belle que les vingt ou trente plus beaux instants de ma vie. Et devant ce qui m’émerveille le plus, je l’entends me dire : « Tu n’as encore rien vu ! » Nous serons tellement heureux ! Lui seul, le Ressuscité, pouvait tenir une telle promesse qui relativise toutes les humiliations et toutes les blessures. Je crois sans peine en sa résurrection. Si le corps avait été retiré du tombeau, le linceul collé aux plaies multiples ne se serait pas retrouvé là, tel un ballon à air chaud affaissé en fin de vol. Les apôtres n’auraient pas crié sa résurrection au risque d’être suppliciés jusqu’à ce que mort s’en suive.

Messie crucifié, torturé, traîné dans la boue, jeté aux poubelles, innommable, il m’apparaît sur sa potence dans sa plus noble grandeur. « Heureux celui qui meurt d’aimer. » Il a montré que la torture, l’injustice et la mort n’ont pas d’autre pouvoir sinon de souligner la transcendance de l’Amour, sa victoire absolue. Ce n’est ni la haine ni la guerre ni la mort qui auront le dernier mot, c’est le Royaume nouveau où « il n’y aura plus ni cris, ni larmes, ni souffrances, ni mort » (Ap 20). « La vie éternelle c’est qu’ils Te connaissent, Toi le seul vrai Dieu et celui que Tu as envoyé, Jésus-Christ » (Jn 17, 3).

J’ai vu en Jésus un Messie imprégné du Dieu-Amour. Ce Dieu-là n’est Tout-Puissant qu’en tendresse. Il a remis tout autre pouvoir entre nos mains durant notre temps terrestre. Dire « Dieu n’a qu’une excuse, c’est de ne pas exister » me semble justifié devant le Zeus de l’Olympe, mais pas devant ce prêcheur humble et doux dont les actions et les paroles ne furent que bonté. Au lieu de dire qu’il est manchot, prêtons-lui nos bras. C’est à nous d’exaucer ses demandes. Lui, il peut nous ‘ex-hausser’, nous faire voir de plus haut le sens de notre route.

Jésus a pris des risques insensés pour guérir les plus infirmes, prendre la défense des plus exclus, récupérer les plus irrécupérables. Ce comportement lui a coûté son honneur et sa vie. Il a perdu la face pour nous rendre un visage. Il a montré que nous sommes réduits à l’état de momies lorsque nous n’aimons pas, lorsque nous jugeons, lorsque nous ne pardonnons pas, lorsque la rancune nous dévore, lorsque nous laissons souffrir les sans appuis, les étrangers, les faibles. Il nous a donné le goût de vivre une authentique liberté, sans dépendre des conformismes, des tabous sociaux et religieux. Il nous a ouvert le chemin des Béatitudes pour exister grandeur nature, dans la douceur et la joie.

Jésus venait d’un monde où l’amour seul règne en maître. Un monde où l’on ne connaît que le don et l’accueil. Il a révélé un Dieu dont la respiration est une Tendresse infinie sans aucune ombre. Mon plus grand bonheur, même au milieu des plus cruelles humiliations, c’est de savoir qu’il est toujours là ! Vrai visage de Dieu avec le Père adorable dans le souffle de l’Esprit.

Pour en savoir plus sur Stan Rougier, visitez son site : www.stanrougier.com

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04/08/2011 à 14:26 Message édifiant, merci. brebis

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