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La parole dit l’affection ou la haine. Elle peut faire vivre ou faire mourir. De même l’énergie sexuelle a deux langages : elle a le pouvoir d’entraîner vers les sommets ou d’avilir. Chef d’œuvre de Dieu ! Celui qui s’enthousiasmait pour les splendeurs de l’Univers connaît un émerveillement redoublé lorsqu’Il a créé le couple : « A Son image, Il les créa. Mâle et femelle Il les créa. Dieu vit que c’était tout à fait superbe » (Gn 1,27). Le couple est une icône de Dieu.
La Bible, recueil des desseins de Dieu, nous offre un poème d’amour dont la dimension charnelle n’est même pas recouverte d’un voile. Jean de la Croix, Thérèse d’Avila et bien d’autres y ont puisé l’inspiration de leurs poèmes mystiques les plus ardents.
Il y a sur ce thème une convergence étonnante des religions. Dans la plus ancienne, l’hindouisme, l’Absolu est le plus souvent représenté par une étreinte. « L’Absolu devint comme un couple tendrement enlacé. De cette union naquirent les hommes ! » (Brihad Aranyaka Upanishad). Pour cette religion fascinée par l’Absolu au point de voir le réel tout entier comme Son émanation, le couple lors de sa communion intime réconcilie l’Un et le multiple. De même, Jésus dira : « De deux qu’ils étaient, ils ne seront plus qu’un seul ». Dans l’islam, un musulman ne se parfait spirituellement que s’il honore régulièrement son épouse en cherchant à la satisfaire pleinement.
Le bonheur que se donnent les deux époux dans l’union de tout leur être : âme, cœur et corps n’est comparable à aucun autre. La plupart des joies humaines viennent de nos relations aux choses, aux idées, aux paysages, aux situations. La joie de l’union sexuelle est reçue de quelqu’un. Dans ce domaine, c’est l’autre tout entier qui se trouve rejoint avec son mystère, son histoire, sa musique intérieure. Il arrive aussi que cette union soit l'origine du plus beau de tous les cadeaux, la vie. Y-a-t-il au monde réalité plus sacrée ?
J’ai sans doute pu paraître naïf en parlant de la beauté de ce domaine, je vais passer pour un pessimiste en évoquant l’autre versant. Tous les sexologues le confirment : les hommes ont un penchant particulièrement fort qui les laissent fragiles devant la tentation. La jeunesse ne reçoit en général aucune lumière sur ce chapitre sinon une compétition de gauloiseries. Dans les bandes de garçons, c’est celui qui fait le plus de conquêtes qui est le plus admiré. Le vagabondage amoureux provoque des souffrances dont les femmes sont les plus nombreuses victimes. Les ruptures de couples conduisent à des désastres pour la famille toute entière et particulièrement l'équilibre des adolescents.
Naguère, on dramatisait le défoulement solitaire. Aujourd’hui, on l’encourage et ce n’est guère mieux. L’égocentrisme s’y développe, sans aucune joie, car ce plaisir n’a de sens qu’à deux.
L’harmonie en ce domaine est aussi nécessaire qu’en musique. A cause des verrous de la culpabilité, de la honte et parfois de la crainte, les fausses notes peuvent rendre les étreintes fades ou angoissantes.
L’union sexuelle célèbre et magnifie la rencontre de ceux qui s’aiment... Elle révèle et accentue le fossé entre ceux qui ne s’aiment pas. D’un côté, un soleil qui transfigure ce qu’il touche. Ils sont nombreux ceux qui peuvent témoigner combien leurs fêtes intimes leur ont permis de se faire des confidences précieuses.
De l’autre, un sortilège qui enchaîne, aliène, étouffe… D’un côté, deux êtres qui s'ouvrent à l’éternité. De l’autre, une pulsion aveugle, sans âme, où des « partenaires » s'affrontent, enfermés dans leurs expériences malheureuses. D'un côté, on entend : « C'est à partir de toi que j'ai dit oui au monde », de l'autre : « Tu vois pour toi, tu ne vois rien, tu vois tout ce que ça peut te rapporter comme plaisir. »
La relation charnelle est à l’amour ce que le vent est au feu : elle éteint les petits et ranime les grands. Les amoureux trouvent spontanément tous les codes pour faire grandir leur tendresse. Ceux qui s’aiment peu voient leur amour se banaliser et s’éteindre.
L’Église est accusée de n’avoir pas joué un rôle très apaisant en ce domaine. En réalité, le christianisme, sans complexe dans ses origines, eut à s’enraciner dans une culture platonicienne et stoïcienne. Cet « air du temps », c’était que le mariage ne pouvait avoir d’autre fin que d’assurer la survie de l’espèce. L’amour était presque une maladie. Ainsi saint Jérôme cite avec admiration un stoïcien : « Trop d’amour pour son épouse est une honte. Un sage doit aimer sa femme avec sa tête non avec son cœur. Rien de plus répugnant que d’en être passionné... » Il y a quelque temps, ayant écrit dans Le Monde une chronique sous le titre « Dieu est-il puritain ? », j’ai reçu, parmi le flot de réactions, une vingtaine de lettres agressives qui disaient : « La sexualité n’a pas la noblesse que vous dites, elle humilie l’être humain en le rappelant à sa condition animale ». Leurs auteurs ne se disaient pas appartenir à une religion quelconque.
Dans son livre Ainsi soit-elle !, Benoîte Groult dresse une litanie assez impressionnante de propos antiféministes des plus grands penseurs et scientifiques.
Jusqu’à nos jours, la sexualité n’a guère été qu’objet de morale, garni de herses au Moyen Age, de feux rouges au XXe siècle. Une théologie enfin respectueuse du Créateur et de l’Homme, sa créature, a permis à Benoît XVI, lorsqu’il était théologien, d’écrire : « De même que l’Alliance sans la création est vide, ainsi l’amour de charité (agapé) sans l’amour physique (éros) est inhumain. »
Le bonheur de l'intimité amoureuse propulse deux êtres dans une confiance, une joie, une soif d’amour qui permet tous les pardons. C’est Dieu qui apparait, fût-ce un instant dans le cœur et l’âme de ceux qui s’aiment... De grands poètes, comme Claudel et Aragon, ont tenté de dire l’éblouissement de ceux qui connaissent ces sommets de tendresse... Cette Tendresse qui naît de leur étreinte, fait sauter les verrous de la peur.
La vigilance face aux transgressions ne demande pas d'humilier pour quelques faux-pas. Ce domaine n'est pas un champ de mines, mais une des dernières oasis de mystère et peut-être de spiritualité. Comme dans le rêve de Jacob, « Dieu était là et nous ne le savions pas. »
Pour en savoir plus sur Stan Rougier, visitez son site : www.stanrougier.com
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