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Depuis un demi-siècle, je me suis rendu huit fois en pèlerinage en Terre sainte. Le séjour qui m’a le plus marqué fut une retraite solitaire. Chemin faisant, j’ai dévoré des centaines de pages de la Bible, depuis "Au commencement Dieu créa…" jusqu'au "Viens, Seigneur Jésus !" de l’Apocalypse. J’ai rarement vécu des émotions aussi fortes. Je les raconte dans le livre Nomade de l’Eternel (éd. Stock/l'Emmanuel).
Cette fois-ci, en mars 2011, j'accompagne en Terre sainte un groupe original. Ces trente-cinq pèlerins, je les ai tous connus à une étape différente de mon existence depuis mes vingt-cinq ans. Tous et toutes sont mes ami(e)s. Miracle ! Ils le deviendront chaque jour entre eux un peu plus. De grandes émotions partagées vont nous souder. Pendant l’Eucharistie qui réunit notre groupe chaque jour, le courant passe. Durant toute ma vie sacerdotale j’ai vérifié que Dieu est le plus court chemin d’une âme à une autre.
Durant notre célébration dans la petite église de Taybeh en Samarie (l’Éphraïm des Évangiles), nous avons la surprise d’entendre chanter un chœur de jeunes Palestiniens. Leurs chants sont si poignants et ce cadeau si inattendu que nous réfrénons difficilement nos larmes. Les propos truculents du Père Raed, dynamique prêtre palestinien, nous montrent ensuite comment l’humour peut changer la couleur des épreuves les plus dures.
Notre guide israélien est d’une érudition éblouissante. Il nous surprend en nous révélant son incroyance. La Bible n’a pas de secret pour lui. Pourtant sa signification essentielle lui échappe. D’où peut bien sortir le Personnage principal si vivant et si aimant à chaque page ? "Ce n’est pas parce qu’un anthropologue connaît tout des hommes préhistoriques, qu’il utilise un silex pour couper sa viande et qu’il vit dans une caverne", argumente-t-il. Au mémorial de la Shoah, il nous fait participer à son credo : un cri contre l’antisémitisme qui a crucifié les siens.
Derrière l’immense mur de béton, la souffrance des chrétiens de Bethléem nous fait mal. La présence chrétienne se raréfie d’année en année en ces lieux où Jésus a vécu. Les Palestiniens chrétiens nous manifestent un appel poignant à ce sujet. Un échange avec un prêtre lié à l’Etat d’Israël me donne à voir différemment l’horrible mur qui se dresse entre les communautés : "Lorsque ce mur n’existait pas, les attentats étaient dix fois plus nombreux", en écho au : "Nous préférons les reproches aux condoléances" de Madame Golda Meir.
Souvent nous accusons Dieu : "Pourquoi permets-Tu tant de haine, tant de violence, particulièrement sur la terre d’élection où Tu as envoyé Ton Fils ?" Dieu nous répond : "Je n’ai pas d’autres bras que les vôtres." C’est une des missions que Jésus donne à chacun de nous : être un artisan de paix, témoigner de la joie de se réconcilier, de l’acceptation de nos différences. Voilà un chantier sur lequel Jésus nous invite quotidiennement. A ce sujet le bienheureux Jean-Paul II fut un bel exemple.
La rencontre avec un moine du monastère bénédictin d’Abu Gosh dont les meilleurs amis sont des juifs et des musulmans nous impressionne tous. Journaux et radios parlent ce jour-là d’un attentat récent et de représailles annoncées. "Un arbre qui pousse fait moins de bruit qu’un arbre qui tombe." Ceux qui dressent des passerelles là où il y a des murs sauvent l’honneur de l’homme et l’avenir de la planète. Les hommes de bonne volonté, épris de dialogue, ne manquent pas.
J’ai eu au cours de ce pèlerinage une intuition dont les premiers retours m’émerveillent : demander à chacun de répondre à la question que posait Jésus à ses disciples : "Pour vous, qui suis-Je ?" Je ne résiste pas à l’envie d'inviter chaque lecteur de cette chronique à se la poser... Vous pouvez y répondre en envoyant des messages sur ce site. Cela pourrait devenir un livre passionnant.
Pour en savoir plus sur Stan Rougier, visitez son site Internet.
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